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Accueil des migrants : il faut une stratégie métropolitaine

[Conseil municipal du 22 mai 2017]

Le 17 juillet prochain, les 180 migrants des Jardins de la Poterie retourneront à la rue. Il devient urgent d'impulser une stratégie métropolitaine solidaire pour l’accueil et l'hébergement des migrants face à un désengagement intolérable de l'État.

 

 

Conseillère municipale

Intervention de Gëlle ROUGIER au nom du groupe écologiste

citationNous voulons tout d'abord remercier les membres de l'association Un toit c'est un droit pour leur investissement auprès des migrants aux côtés d'autres associations comme le CCFD, la Fondation Abbé Pierre, le Secours catholique.

Face au désengagement croissant de l'État concernant l'accueil des migrants, ces associations jouent un rôle crucial dans la mise à l'abri mais également dans l'accompagnement social de ces personnes. Car, rappelons-le, la mise à l'abri des primo-arrivants et des demandeurs d'asile est bien de la compétence de l'État. Mais nous ne pouvons pourtant que constater que ce dernier n'est pas à la hauteur et délègue de plus en plus implicitement aux communes mais également aux bénévoles des associations, cette compétence qui est pourtant la sienne.

La semaine dernière, le 115 annonçait sa volonté de vouloir "sortir" des familles du dispositif d'hébergement d'urgence et que désormais une famille, même avec un tout jeune enfant, ne serait pas mise à l'abri de façon automatique, à moins d'un signalement.

Cette décision de la Préfecture est tout à fait scandaleuse et contrevient aux droits humains les plus évidents.

Est-il nécessaire de rappeler que cette précarité extrême, cette itinérance perpétuelle, ces nuits au 115, en squat, ces nuits d'hôtel parfois payées par la municipalité, puis ces retours à la rue, ont des incidences très concrètes sur la vie des migrants et dans leur futur parcours d'intégration.

Selon le Docteur Le Ferrand de Guillaume Régnier, la plupart des migrants sont en grande souffrance mentale : 20 % d'entre eux présentent un syndrome post traumatique, 10 % des troubles dépressifs graves, et 50 % une forte détresse psychosociale appelée parfois « syndrôme d’Ulysse ». L'éducation nationale nous alerte aussi sur le mal-être et les difficultés d'apprentissage des jeunes primo-arrivants dans nos écoles rennaises.

Quant au dispositif Coorus (Coordination réseau urgence sociale) il va également réduire sa capacité d'accueil avec 60 places occupées aujourd'hui pour 95 précédemment. La FAP, qui devait impulser le dispositif mais non le pérenniser, retire ses billes. Et l'État, lui, semble mauvais payeur concernant ce dispositif. On a l'impression d'assister à une partie de bonneteau dans laquelle les migrants bougent d'un logement à l'autre, avec des financements qui arrivent, d'autres qui repartent. Personne ne s'y retrouve plus vraiment.

Alors, comme le demande Un Toit c'est un droit ce soir, il serait urgent que les collectivités locales, et pas seulement la Ville de Rennes, soient en mesure de proposer des solutions pérennes d'hébergement.

Car le travail engagé par notre municipalité sur l'accueil et le soutien aux populations en difficulté est réel mais tarde à trouver une traduction concrète. L'engagement pris par d'autres communes de la Métropole d'accueillir les réfugiés est un levier qui nous paraît essentiel.

Face à l'attitude de retrait de la Préfecture qui n'augure aucune perspective d'évolution favorable impulsée par l'État, il faut que Rennes et Rennes Métropole soient à l'initiative d'une stratégie concertée d'accueil dans les communes de la métropole. Si nous attendons une initiative de l'État dans ce domaine, nous pouvons être certains que rien ne bougera. Il faut être clair.

Car la situation devient tout à fait urgente. Le 17 juillet, la convention avec le groupe Lamotte concernant l'occupation des Jardins de la Poterie va prendre fin. Ce sont 180 personnes dont 80 enfants qui se retrouveront à la rue, puisque la préfecture a d'ores et déjà annoncé qu'il n'y aurait pas de relogement prioritaire pour celles-ci.

Cette situation est intolérable et ne peut trouver d'issue que dans une stratégie métropolitaine solidaire face à une préfecture défaillante.

 

Le nouveau Président de la République n'avait pas annoncé grand chose dans son programme concernant l'immigration. Oui, il nous faut une politique européenne en matière d'immigration mais il s'agit aussi de se préoccuper de ceux et celles qui sont là, démunis, et qu'on ne peut gommer du paysage parce qu'ils viennent percuter de plein fouet nos valeurs humanistes et républicaines. Il nous faut agir très vite.

 

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