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Après NDDL : tournons-nous vers l’avenir

[Conseil municipal du 29 janvier 2018]

Quel plaisir de pouvoir prononcer ce discours après tant d'années de lutte contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! Si ce projet néfaste a enfin été abandonné, il faut maintenant nous tourner vers l'avenir. Et porter un projet collectif pour des déplacements efficaces et respectueux de l'environnement.

 

 

Conseillère municipale

Co-présidente du groupe écologiste

Vice-présidente de Rennes Métropole en charge de la Jeunesse

 

Intervention de Gaëlle ROUGIER au nom des élu-e-s écologistes

Cette intervention du groupe écologiste ce soir est peut-être attendue. En tout cas nous, nous l'attendions depuis de nombreuses années et ce n'est pas sans émotion que ce soir j'interviens au nom de mon groupe pour dire à quel point nous sommes heureux de la décision du gouvernement d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Je suis d'autant plus heureuse de faire cette intervention dans cette assemblée qu'elle n'aura pas lieu au conseil régional de Bretagne où il n'y a malheureusement aucun groupe politique pour s'en réjouir après de nombreuses années de lutte. J'ai une pensée pour mes amis René Louail et Guy Hascoët ainsi que tous les autres membres du groupe des élu.e.s EELV à la Région Bretagne avec qui lors du mandat précédent, en lien avec nos eurodéputés, notamment Yannick Jadot, nous avons bataillé aux côtés de nos camarades élu.e.s des Pays de la Loire.

Désolée pour la métaphore guerrière mais il est vrai qu'il aura fallu batailler. Batailler sur le plan politique, argument contre argument, sur le plan juridique et sur le terrain avec les occupants de la ZAD, cette ZAD méconnue du grand public et largement caricaturée par le discours politique et médiatique de ces dernières années. Réduite à quelques éléments radicaux ou aux violences qui ont émaillé les manifestations à Nantes et à Rennes.

Cette image d'Épinal a longtemps masqué la nature véritable de ce mouvement que l'on peut qualifier d'utopiste mais qui est avant tout le résultat d'une cinquantaine d'années de résistance pacifique.

Dans ces bocages, ces zones humides, ces champs, ces bois, vivent des gens ordinaires, des paysans notamment qui ont su fédérer autour de leur combat, bien au-delà de NDDL. Si nous y avons contribué autant que nous avons pu, nous élus écologistes bretons, l'abandon de l'aéroport est d'abord le résultat d'une mobilisation humaine exemplaire. Et nous tenons à saluer l'Acipa qui a tant fait avec beaucoup de constance et d'organisation, ainsi que le CéDpa , association d'élu.e.s opposé.e.s au projet, sous la houlette brillante de sa présidente Françoise Verchère.

Beaucoup de jeunes gens également se sont investis à NDDL et je tiens à le souligner. Étudiants, jeunes en marge de la société également, mais aussi des actifs de Nantes, de Rennes, d'autre villes en Bretagne sont passés, plus ou moins longtemps à NDDL. Mais que pouvaient-ils bien faire dans ces bois, hormis construire des cabanes ?

Ils y organisaient une vie en adéquation avec leur vision du monde, plus écologique, en marge de l'ancien monde qui ne rêve que croissance, aéroports, voitures, plateformes logistiques, autoroutes et autre ponts routiers, comme si le réchauffement climatique n'existait pas. Dans une interview récente, Hervé Kempf notait que le monde de Notre-Dame-des-Landes est « celui de celles et ceux qui sont les « vrais » modernes et savent qu’on ne peut plus imaginer le destin humain sans le penser par rapport au climat, à l’écologie, à la biosphère. » Gageons alors que la victoire sonne le glas du vieux monde et l'avènement d'une modernité de plus en plus partagée, jusqu'aux plus hautes sphères politiques.

Une fois l'amertume et les derniers excès passés, il nous faudra collectivement réfléchir aux suites à donner à cette annonce. Loin de constituer un oubli du grand ouest, l'abandon du projet d'aéroport à NDDL ouvre la porte à d'autres investissements utiles pour les deux régions Bretagne et Pays de la Loire et pour notre ville.

Elle constitue même un levier de négociation avec l’État, ce que les « grands élu.e.s bretons » qui ont rencontré la ministre des transports samedi, semblent avoir vite compris.

Alors qu'on promettait pour nos régions les eaux du fleuve changées en sang, les grenouilles, les sauterelles et autres fléaux bibliques si l'aéroport ne se faisait pas, il semble que les uns et les autres soient revenus à un principe de réalité qui est qu'il y a toujours des alternatives.

Des alternatives à un nouvel aéroport à NDDL avec l'optimisation de Nantes Atlantique et Rennes Saint-Jacques, mais aussi une amélioration de la connexion entre Rennes et Nantes et un travail sur la complémentarité des aéroports de Bretagne et Pays de la Loire.

Une liaison ferroviaire rapide entre Rennes et Nantes doit enfin être mise en œuvre. Nous la réclamons depuis de nombreuses années. Les voies ferrées existent, via Redon mais aussi via Chateaubriant. Leur profil permet la circulation de trains à 160 km/h, soit moins d'une heure pour relier Rennes à Nantes. Elles desservent par ailleurs les deux aéroports existants de Rennes Saint-Jacques et de Nantes-Atlantique. Ces projets d'amélioration des lignes existantes sont pour nous prioritaires. Et si un projet ambitieux de réhabilitation des lignes ferroviaires Rennes-Redon et RennesChateaubriant se met en place, une étoile ferroviaire performante et le RER rennais deviennent possibles.

Après avoir demandé en vain pendant des années une stratégie aéroportuaire à l'échelle de l'ouest de la France, et ce de concert avec les élu.e.s UDB d'ailleurs, après avoir souhaité revisiter le projet ferroviaire breton sans desserte de l'aéroport, en améliorant notamment les dessertes entre Rennes et Nantes, nous sommes heureux de voir que finalement c'est ce scénario qui se profile.

Nous regrettons tout de même que l'entêtement des élus bretons autour de ce projet nous ait fait perdre 10 à 15 ans dans la réalisation de ces projets.

Après avoir été si longtemps caricaturés dans nos propositions par certains, qui n'ont pas vu ce qui se jouait dans l'opinion publique sur ces questions d'aménagement du territoire, nous ne pouvons que dire : enfin ! Et une fois n'est pas coutume, nous pouvons féliciter le gouvernement pour sa décision mais aussi pour sa méthode qui ne caricature pas, ni les opposants, ni les partisans de l'aéroport et qui apaise plutôt qu'il ne souffle sur les braises comme ça a été malheureusement le cas sous l'ère de messieurs Hollande et Ayrault.

Nous allons pouvoir enfin nous tourner vers l'avenir et porter un projet visionnaire de coopération entre régions, autour d'un schéma de déplacements qui tient compte des impératifs climatiques et de gestion des ressources naturelles mais aussi, pourquoi pas, autour de la culture des sols à NDDL et de la production alimentaire et de l'approvisionnement de nos villes dans les années qui viennent.

Plus de 70 % des Français se déclareraient satisfaits de cette décision. C'est aussi et sûrement parce que les citoyens évoluent plus vite sur ces questions qui touchent leur quotidien en termes de qualité de vie, d'accès à une nature préservée et à une alimentation saine à proximité de chez eux. Partout en France, en Europe et dans d'autres régions du monde, des citoyens se mobilisent contre les grands projets inutiles. Projets miniers en Bretagne et ailleurs, projets autoroutiers consommateurs d'espaces agricoles et naturels, Ligne à Grande Vitesse encore et encore quand l'urgence est à la rénovation des réseaux ferroviaires secondaires, les mobilisations de multiplient. Ces luttes qui revendiquent un autre modèle de développement croisent souvent la défense des droits sociaux, voire dans certaines parties du monde celle de la dignité des peuples. Les écologistes, qui ont toujours été force de proposition sur ces questions, seront toujours à leurs côtés.

Je vous remercie.

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