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EuroRennes : le débat sur les immeubles de grande hauteur doit s’ouvrir

[conseil municipal du 23 novembre 2015]

Si la réhabilitation de la gare de Rennes doit permettre de faire la part belle aux transports en commun, nous estimons qu'il n'est pourtant pas nécessaire de faire d'EuroRennes un quartier d'affaires de béton et de verre. Parce que la qualité d'un aménagement ne se mesure pas à la hauteur de ses bâtiments.

Conseiller municipal

Co-président du groupe écologiste

Vice-président de Rennes Métropole en charge de l'ESS

Intervention de Matthieu Theurier au nom du groupe écologiste

 

citationLe projet Eurorennes c'est d'abord la réhabilitation de la gare, maillon essentiel de la future mobilité à l’échelle de l’agglomération. Cette réhabilitation d'ampleur doit permettre de faire encore plus la part belle aux transports en commun dans le contexte de l’arrivée d'une nouvelle ligne TGV, d'une seconde ligne de métro et d'une croissance forte des déplacements par les trains régionaux. Le renforcement de la gare comme pôle d'échanges multimodal majeur de la métropole rennaise fait évidemment l'objet d'un consensus large auprès des élu-e-s qui composent ce conseil municipal et des Rennais.

Mais EuroRennes c'est aussi un projet urbanistique fort qui va transformer radicalement le quartier gare et au-delà. Et pour le coup, les choix d'aménagement proposés sont dans ce cas bien loin de faire l'unanimité et ce sur plusieurs points.

En matière de préservation du patrimoine tout d'abord. Nous avons déjà alerté sur notre refus de voir les îlots de la rue Louis Blériot, du nord de la rue de l'Alma entre le boulevard du Colombier et la rue du Capitaine Maignan, et de l'est de la rue de Quineleu, disparaître sous le coup des bulldozers. Et nous avons bien noté, Madame la Maire, que des infléchissements sur ces points pouvaient être envisagés par rapport au projet actuel.

Le second point de vigilance concerne les équilibres proposés entre les différents usages, notamment bureaux et logement. Il semble que le volume de bureaux vacants dans l’agglomération pourrait atteindre le million de mètres carré. Il est sans doute nécessaire d’affiner l’analyse pour mieux connaître la typologie des bureaux vacants, et de préciser les besoins non couverts, mais d'ores et déjà nous pouvons nous interroger sur la nécessité d'un volume de bureaux aussi important sur la ZAC EuroRennes. La construction d'un nouveau cinéma art et essai sur l'îlot Paul Féval, de commerces et de nombreux logements sur la ZAC nous semble aller dans le sens d'une plus grande mixité d'usages qu'il nous faut renforcer.

J'en viens au troisième point qui nous semble devoir être débattu. Nous sommes très interrogatifs quant à la qualité urbanistique de certaines ambiances extérieures, notamment sur le secteur Féval. Nous connaissons tous, dans toutes les métropoles d'Europe et du monde, ces quartiers d'affaires impersonnels, faits de verre et de béton, qui peinent à voir le soleil derrière des immeubles de grande hauteur qui, au final, finissent par tous se ressembler.

Le projet EuroRennes actuel prévoit la construction d'un Immeuble de Grande Hauteur (tour IGH) – soit plus de 50 mètres de haut - sur l'îlot Paul Féval. Nous y sommes défavorables, parce qu'elle n'est pas nécessaire, parce que les tours ont des performances énergétiques déplorables, parce qu'elles ne sont pas – contrairement aux idées reçues – un gage de densité, parce qu'elles sont bien loin de la ville à taille humaine que nous défendons. La qualité architecturale et urbanistique de nos projets d'aménagement ne se mesure pas à la hauteur des bâtiments.

C'est pourquoi nous avons déposé un amendement sur cette délibération qui propose de supprimer la référence à ce projet. Le projet de la société Horizon Bois qui consiste à construire le premier immeuble contemporain rennais entièrement en bois - société à qui nous déciderons lors de ce même conseil municipal de vendre un terrain allée Saint-Hélier toujours sur la ZAC EuroRennes - nous semble un marqueur bien plus pertinent des innovations urbanistiques que nous souhaitons apporter à notre ville.

Les réactions légitimes d'un certain nombre de Rennais qui contestent des projets de construction trop hauts, comme c'est le cas en ce moment des riverains de la rue de Chateaugiron qui refusent à juste titre la construction d'un immeuble de 30 mètres de haut à deux pas de l'église Saint-Hélier, nous oblige à mener le débat sur les hauteurs des constructions nouvelles auprès de nos concitoyens. D'autres villes l'ont fait avant nous et nous souhaitons que la révision prochaine du PLU et les consultations qui la précéderont soit l'occasion d'un véritable débat sur le sujet. Nous souhaitons en attendant que les projets qui font le plus polémique puissent être suspendus.

L'amendement que nous avons soumis pour supprimer la référence à un immeuble de grande hauteur a malheureusement été rejeté.

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