Accueil Conseil municipal Santé mentale : il nous faut prendre soin des patients, mais aussi des professionnels

Santé mentale : il nous faut prendre soin des patients, mais aussi des professionnels

[Conseil municipal du 4 décembre 2017]

En conseil municipal, nous sommes intervenus pour soutenir les salariés en grève de l'hôpital Guillaume Régnier. L'occasion d'alerter sur l'enjeu que revêt la santé mentale dans nos sociétés et la nécessité impérieuse de donner plus de moyens à la psychiatrie. L'occasion aussi de rappeler cette évidence : il faut prendre soin aussi de celles et ceux qui soignent.

 

 

Conseillère municipale

Co-présidente du groupe écologiste

Vice-présidente de Rennes Métropole en charge de la Jeunesse

 

Intervention de Gaëlle ROUGIER au nom des élu-e-s écologistes

 

Pour la cinquième semaine consécutive les salariés du centre hospitalier Guillaume Régnier ont reconduit la grève. Dénonçant les conditions de travail et le manque de moyens, ils ont interpellé les autorités et les élus locaux. Nous avons souhaité ce soir expliquer publiquement comment notre ville, dont la santé mentale est un axe majeur du Plan Local de Santé, est directement concernée par ce qui se passe au sein de l'hôpital.

Le CHGR à Rennes est un levier majeur autour duquel s'articule le partenariat et l'action de notre ville pour la santé mentale.

De fait, la présence de l'hôpital génère une sollicitation des praticiens en ville dans le cadre des parcours de soins.

En septembre dernier, un rapport statistique de l'Agence régionale de Santé indiquait qu'en Ille-et-Vilaine, les prises en charge de patients sont plus lourdes avec des durées d'hospitalisation et des taux de réhospitalisation plus élevés que la moyenne nationale, et ce pour un taux de praticiens qui est lui en dessous de la moyenne.

Certaines populations sont davantage susceptibles de souffrir de certains troubles mentaux. Les personnes à la rue, les personnes en grande précarité ou hospitalisées à temps partiel ou à temps plein, etc. Mais les voyants passent au rouge aussi chez des populations plus discrètes. Pour la deuxième année, le service Santé de la Ville et Rennes Métropole copilotent une étude sur les conditions de vie étudiantes. La première mouture il y a deux ans indiquait une part croissante des étudiants en situation d'isolement et de fragilité psychologique. Ces données corroborent les données nationales sur une part croissante de jeunes gens en mal être psychique. D'ailleurs, parmi ces étudiants, les soignants ne sont pas en reste. En juin dernier, une enquête des syndicats étudiants en médecine a révélé que 18% des élèves étaient en dépression et qu'un nombre encore plus important souffrait d'anxiété. Une autre étude menée par la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers menée auprès de 14 000 étudiants et publiée en septembre dernier indique que 75% se déclarent épuisés physiquement et 26% en très mauvaise santé psychologique. Stress, dépression, abandon de formation, arrêts maladie, tentatives de suicide, le tableau est édifiant.

Au delà des étudiants, la mission locale du bassin d'emploi rennais qui mène de nombreuses actions de promotion de santé auprès des jeunes, alerte également sur la sollicitation croissante depuis quelques années de son unique psychologue qui est débordée et doit surtout faire face à des situations plus critiques qu'auparavant.

Le vrai problème de la psychiatrie en France sont les moyens financiers et donc humains qui lui sont allouées. Les pathologies mentales sont presque 3 fois plus fréquentes que les pathologies neurologiques et pourtant le budget de recherche qui leur est alloué est deux fois moins important. La santé mentale est toujours, du moins dans les budgets, le parent pauvre de la médecine en France. La psychiatrie hospitalière a été particulièrement malmenée lors des dernières années avec la réforme du soin sans consentement qui a fait bondir le nombre d'hospitalisations sous contrainte mais également par le principe imposé par les ARS de fusion des établissements hospitaliers. Avec la fin de la sectorisation, c'est l'organisation de la santé mentale et la continuité des soins qui sont à revoir.

Sans parler du manque de moyens et de conditions de travail dégradées et un management archaïque qui génèrent humiliations, souffrances physiques et psychiques. Au delà delà de l'augmentation des risques psycho-sociaux, les manques de moyens en matière d’accueil dégradent aussi le service pour les patients. A Rennes le taux d'occupation des lits est de 100 %. Une personne qui part en permission n'est pas certaine de retrouver un lit à son retour. Ou encore une personne qui serait en soins intensifs risque de rester en isolement alors même que la crise est finie par manque de lit dans le service. Ces situations vécues à Guillaume Régnier sont contraires à la dignité des personnes. Sans parler des matelas à même le sol et des lits dans le couloir évoqués dans les cas les plus extrêmes.

Les besoins en matière de soins en santé mentale sont pourtant immenses et nous concernent tous.

Dans le monde, les maladies mentales touchent une personne sur trois au cours de son existence, et constituent la deuxième cause de perte de qualité de vie, juste après les troubles cardiovasculaires. En France elles représentent 14 % de la morbidité liée à l'ensemble des maladies, et cette proportion augmente chaque année. En France toujours, elles sont la première cause d'invalidité, la deuxième d'arrêt de travail, et elles font perdre en moyenne neuf années d'espérance de vie.

Selon les estimations de l'assurance maladie, le nombre de personnes atteintes de maladies psychiatriques devrait augmenter de 11% d'ici 2020 (soit 246 100 patients en plus), en raison notamment du vieillissement de la population. C'est énorme et cela fait de la maladie mentale le deuxième grand défi que devra relever la médecine dans les années à venir avec les maladies chroniques dites de civilisation.

Les réformes successives de santé, la dernière en date incluse, font souvent peu de cas du rôle des villes dans la mise en œuvre des politiques de santé. C'est pourtant bien le partenariat et la mise en réseau des acteurs qui permet la réalisation des fameux parcours de soin en santé mentale que prônent les ARS.

À Rennes, la santé mentale est l'un des axes majeurs de notre Plan local de santé, une thématique défendue avec conviction par notre adjointe à la santé Charlotte Marchandise.

Le partenariat interinstitutionnel est à l’œuvre avec une volonté commune d'articuler nos actions au sein du conseil rennais de santé mentale. Les dynamiques basées sur le principe de démocratie en santé permet de travailler également avec les patients et leurs familles et de les rendre acteurs de leurs parcours de soin.

Mais le manque de moyens chronique en psychiatrie risque d'impacter ces dynamiques. Comment demander à des professionnels déjà sous pression où le moindre interstice de temps doit être rentabilisé, de participer à nos instances de concertation ?

Pourtant, d'après le Plan local de Santé « Dans un contexte de précarisation croissante et de délitement des liens sociaux et familiaux, la santé mentale constitue un sujet majeur, au cœur des questions de citoyenneté et de cohésion sociale ». Au delà de la santé, elle interroge nombre de politiques publiques municipales, au premier rang desquelles la solidarité et la cohésion sociale mais également la tranquillité publique.

Mais nous ne réussirons pas dans notre stratégie collective avec des soignants eux-même débordés et en souffrance. Il nous faut donc entendre l’expression de l’épuisement des personnels et de leur mécontentement devant le démantèlement des offres de soins. L’écart entre les demandes adressées à la psychiatrie, croissantes en quantité et de plus en plus complexes, et les moyens qui lui sont attribués est devenu insoutenable dans beaucoup d'établissements du secteur sanitaire et social.

Nous sommes des partenaires de l’État et de l'ARS dans la mise en œuvre de l'offre de soins en santé mentale. À ce titre là, nous nous sentons évidemment préoccupés par les conditions de travail des salariés et donc par la qualité d’accueil et de soins des patients qui viendraient à se dégrader à Rennes alors même que les besoins en psychiatrie vont croissant. Et nous ne pouvons pas renvoyer les salariés à la seule responsabilité de l'hôpital quand la gestion et le management semblent inaptes à assurer un service publique minimal de qualité.

C'est pourquoi notre groupe politique soutient les salariés du CHGR dans leur démarche et nous ne pouvons que plaider pour qu'ils soient entendus.

A Rennes, il nous faut prendre de soins de chacun, des patients mais aussi des professionnels qui en ont la charge.

2 commentaire(s)

  1. Odile GUERNIC

    Bonjour,
    je viens de lire votre article dans la newsletter que j’ai reçu via le mail d’une association. Je suis entièrement d’accord sur le fait de prendre soin des aidants. J’ai bien compris que l’intervention concernait le CHS Régnier mais, quid des AVS qui accompagnent les élèves en situation de handicap en milieu scolaire sans avoir reçu de formation digne de ce nom ? Leurs conditions de travail ne se sont pas améliorées et restent précaires.
    Il y a quelques années j’avais envoyé un mail en ce sens à N. Appéré en tant que député. Il est, comme d’habitude resté sans réponse. J’espère que peut-être vous daignerez vous pencher sur la question grâce ou à cause de ce mail.

    Cordialement,
    Odile Guernic

    1. Les élu-e-s écologistes de Rennes et Rennes Métropole

      Madame, la situation de l’hôpital Guillaume Régnier est préoccupante, pour les soigné-e-s autant que pour les soignant-e-s. Et c’est pour tirer la sonnette d’alarme et affirmer notre soutien que nous avons choisi d’axer notre intervention de politique générale au conseil municipal sur cette problématique locale qui résonne aussi au niveau national. Pour ce qui est des auxiliaires de vie scolaires, bien que ne relevant pas des compétences municipales, nous sommes également attentifs à leurs conditions de travail. Tout comme nous plaidons pour une déprécarisation des agents municipaux qui interviennent auprès des enfants, nous défendons en externe une professionnalisation et une titularisation des AVS avec revalorisation de leur salaire. Et ne manquons pas de nous exprimer sur le sujet lorsque cela nous paraît opportun.

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