Accueil À la une Budget de Rennes : on avance sur le chemin de l’écologie… avec encore quelques boulets au pied

Budget de Rennes : on avance sur le chemin de l’écologie… avec encore quelques boulets au pied

[Conseil municipal du 4 février 2019]

Le budget 2019 de la Ville de Rennes a été voté en conseil municipal. Si nous avançons sur le chemin de l'écologie, quelques vieux réflexes nous empêchent encore d'être exemplaires.

 

 

Conseiller municipal

Co-président du groupe écologiste

Vice-président de Rennes Métropole en charge de l'ESS

 

Intervention de Matthieu THEURIER au nom des élu·e·s écologistes et citoyen·ne·s 

En 2018, Rennes figure à nouveau dans les palmarès des villes où il fait bon… vivre, travailler, investir, étudier… Même si l'on peut s'interroger sur le bien fondé de ces classements, ils montrent cependant que les Rennaises et les Rennais apprécient leur ville. Nous faisions le constat il y a quinze jours dans cette même enceinte, lors du débat d'orientations budgétaires, que les voyants sont au vert pour Rennes et sa métropole. Et qu'il est de notre responsabilité aujourd'hui d'amplifier nos actions pour que Rennes soit parmi les premières grandes villes à conjuguer ensemble cohésion sociale, développement économique et exemplarité environnementale.

Il y a de ce point vue clairement des actes forts et des motifs de satisfaction. J'en veux pour preuve les 70 millions d'euros de dépenses d'équipement prévues cette année et qui sont fléchés vers des projets structurants qui œuvrent pour le bien vivre de toutes et tous. Équipements de quartier, écoles et crèches, équipements sportifs...

2019 verra aussi la poursuite des investissements sur le nouvel équipement de quartier du centre, tout comme sur la salle de la Cité, sur l'Antipode... Le fort investissement de notre collectivité en faveur de l'éducation et du logement social, en faveur de la rénovation du Blosne et de Maurepas se prolongent aussi. Tous participent de la cohésion sociale de notre ville.

Mettre au cœur de sa politique la cohésion sociale, c'est également prendre soin des associations et institutions. Les 51 millions d'euros de subventions à celles qui en sont la cheville ouvrière est de ce point de vue à saluer.

Il faut à ce titre saluer aussi l'intégration des étudiants au dispositif Sortir ! que nous souhaitions depuis longtemps.

Et puis il y a bien sûr le budget participatif – ces 3,5 millions d'euros qui chaque année depuis quatre ans vont à des projets imaginés et choisis par les habitants eux-mêmes – qui connaît toujours le même succès. Il met chaque fois en exergue l'aspiration des Rennaises et des Rennais à voir leur ville avancer sur le chemin de l'écologie, de la solidarité et du commun. La saison 4 actuellement en cours met une fois de plus sur le devant de la scène des projets pour plus de biodiversité, plus de vélo, plus de nature, plus de solidarité… et cet aiguillon, au-delà d'être un révélateur des attentes de nos concitoyen·ne·s, nous pousse à être à toujours plus ambitieux dans ces domaines.

D'ailleurs, si j'insistais à l'instant sur nos actions en faveur de la solidarité, il va de soi que nous agissons aussi en matière environnementale. Les deux vont d'ailleurs ensemble.

Il ne peut y avoir de solidarité sans écologie et réciproquement.

Le plan alimentaire durable en est un bon exemple. L'ambition de « Développer une restauration responsable et de qualité » fait l'objet d'un budget conséquent, car c'est bien une priorité que de nourrir les enfants, mais aussi les personnes âgées de nos EHPAD et les agents qui déjeunent dans les restaurants administratifs. En 2019, nous serons donc à 20 % de produits issus de l'agriculture biologique soit une multiplication par trois de la quantité de produits bio dans les assiettes depuis 2014. Dans le même temps, nous avons fait le choix de donner les plats non consommés à la cantine à l'association Saint-Benoît-Labre pour qu'ils soient redistribués le soir aux personnes accueillies dans le centre d'hébergement d'urgence. Dans le même temps, nous faisons le choix d'installer dans les mois à venir de nouveaux agriculteurs sur des terres de la Prévalaye, avec des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement, et avec pourquoi pas la possibilité que leurs productions alimentent les cantines de notre ville. Par cette action globale, nous démontrons ainsi que protection de l'environnement, développement économique et solidarité vont bien ensemble. C'est cela que l'on appelle l'écologie.

À la lecture du budget 2019 on se dit que l'on est sur le bon chemin et que notre ville poursuit bien le triple objectif de faire de Rennes un territoire qui allie dynamisme économique, solidarité et préservation de l'environnement.

On est sur le bon chemin mais il y a encore des blocages qui empêchent de libérer pleinement l'action de notre collectivité en matière d'écologie.

Le premier blocage, c'est le manque d'impulsion pour mener la transition énergétique. Alors que les charges d'énergie sont condamnées à croître toujours car soumises aux aléas des marchés internationaux, l'enveloppe pour la réhabilitation énergétique des bâtiments de la Ville n'a pas bougé depuis 2014, le déploiement des énergies renouvelables se fait encore attendre tout comme l'exemplarité des nouvelles constructions.

Le deuxième, c'est ce que j'appelle le syndrome du pied sur le frein. Les citoyen.ne.s demandent plus d'écologie, les élu.e.s y sont plutôt prêts, les actions se mettent en œuvre mais à chaque fois qu'il y a un obstacle, la dimension environnementale de ces mêmes actions est freinée. J'en veux pour preuve le principe d'intégrer dans les subventions aux associations les charges d'énergie. Principe qui vise à mieux responsabiliser ces organisations dans leurs consommations. Principe de bon sens sur lequel tout le monde s'accorde et qui devait se mettre progressivement en place sur trois ans. Mais, le gouvernement, dans une méconnaissance complète de la réalité des besoins des territoires décide de caper le budget le fonctionnement des collectivités, qui ne peut plus évoluer au delà d'1,3% par an dans notre cas. Une des solutions pour la collectivité est alors de réduire artificiellement son budget de fonctionnement en jouant sur les écritures comptables. Par exemple en enlevant le montants de loyers et de charges d'énergie dans les subventions aux associations. En ce qui concerne les loyers, c'est plutôt malin et ça n'a pas vraiment d'incidence sur nos objectifs politiques. En ce qui concerne les charges d'énergie, il est évident que face à la contrainte gouvernementale, la réponse de notre Ville est de réduire la voilure sur ses ambitions là où elle aurait au contraire dû les affirmer, quitte à désobéir au capage imposé par le gouvernement. Désobéissance que nous prônons et qui sera de toute façon inévitable face au fort besoin de services de proximité auquel il nous faut répondre.

Le troisième blocage, c'est celui de la contradiction. Non, le déploiement de l'énergie solaire sur les toitures des bâtiments de notre ville n'a pas vocation à éclairer des panneaux de publicité ou une patinoire à ciel ouvert. Non, on ne peut pas à la fois avoir une action offensive en faveur du commerce de centre-ville et en même temps soutenir un projet comme Open Sky à Pacé, qui mettra à mal le commerce de proximité, qui ira à l'encontre des politiques de déplacements alternatifs à la voiture et à l'encontre de notre ambition pour la préservation des terres agricoles et naturelles.

Vous l'avez compris, notre ambition est que Rennes soit parmi les premières grandes villes de France à conjuguer ensemble cohésion sociale, développement économique et exemplarité environnementale, que Rennes soit parmi les premières grandes villes de France à mener de front les combats de l'écologie et de la solidarité car ils sont depuis toujours indissociables. On en prend le chemin mais le travail est encore long pour que les vieux réflexes qui plombent encore parfois l'action municipale soient véritablement derrière nous.

 

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