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Emplois aidés, APL, droit du travail : la casse sociale est en marche

[Conseil municipal du 11 septembre 2017]

Emplois aidés, APL, droit du travail... les impacts locaux de la politique nationale sont bien réels et se font déjà sentir.

 

Conseiller municipal

Co-président du groupe écologiste

Intervention de Matthieu THEURIER au nom du groupe écologiste

Jeudi dernier, une centaine d'associations rennaises appelait à un rassemblement sur l'esplanade Charles de Gaulle pour protester contre l'annonce brutale du Gouvernement de mettre fin aux contrats aidés.

Cette décision, trop rapide et jamais concertée, contraint nombre d'associations à devoir réduire leur champ d'action car se retrouvant dans l'impossibilité de prolonger un certain nombre de contrats de travail. Je pense à aux associations culturelles La Collective ou le CLAPS, à La Belle Déchette qui intervient dans le domaine du réemploi et donc de la protection de l'environnement, ou encore aux associations d'éducation populaire Keur Eskem, le CPB, les MJC pour ne citer que ces exemples. À l'échelle de Rennes, ce sont ainsi environ 500 postes qui sont directement menacés. Il faut ajouter à cela les drames humains que vivent les salariés d'associations qui voient leur contrat s'arrêter du jour au lendemain ou une promesse d'embauche qui ne pourra finalement pas être tenue.

Mais les drames humains derrière cette décision ne sont rien comparé à la bonne tenue du budget de l'État si j'en crois les propos des nouveaux élus En Marche qui continuent de justifier cette décision. Puisque cette décision est essentiellement justifiée par une histoire de gros sous, alors, allons-y, parlons chiffres.

3,6 milliards d'euros pour 450 000 emplois : un emploi aidé dans une association, c'est un coût inférieur à 8 000 euros pour l'État.

À la clé, des emplois créés dans des associations remplissant des missions d'intérêt général utiles à toutes et tous. À la clé aussi, un taux d'insertion durable dans l'emploi plus qu'honorable

pour les personnes qui bénéficient de ces contrats, particulièrement chez les moins de 28 ans qui sont ceux qui souffrent le plus du chômage de longue durée.

28 milliards d'euros pour moins de 100 000 emplois, soit 300 000 euros par emploi c'est le flamboyant bilan du CICE mis en œuvre par François Hollande et le gouvernement socialiste lors du précédent mandat. CICE qui, il faut le rappeler, ne bénéficie pas aux associations. À la clé, 28 milliards d'euros à trouver pour l'État sur le dos des collectivités locales et des services publics.

Une fois ces chiffres mis sur la table, quelle est la conclusion tirée par le gouvernement d'Édouard Philippe : il prolonge le CICE et arrête les emplois aidés jugés trop chers.

Entre 2010 et 2015, les entreprises associatives en Bretagne ont permis la création de 6 900 emplois pour l'essentiel au sein des entreprises associatives. En pleine crise économique et dans un contexte de baisse des subventions publiques, c'est une performance qui mérite d'être saluée. Ainsi, sur cette période, le maintien de l’emploi breton a reposé essentiellement sur les acteurs de l’ESS puisque que dans le même temps l'économie privée détruisait 2 600 emplois. Sur ces deux dernières années les associations représentaient encore 40 % de la croissance des effectifs. À l'échelle de Rennes Métropole, elles représentent 25 % des créations d'emplois.

Il est tout à fait légitime de débattre du principe même du contrat aidé qui n'est pas un dispositif pleinement satisfaisant.Mais il est inadmissible qu'un dispositif qui prend en charge 450 000 emplois puisse être arrêté du jour au lendemain sans qu'aucune alternative soit proposée aux employeurs.

Il est mensonger de défendre cette décision au nom de la dé-précarisation et de la lutte contre le chômage de masse.

La seule alternative aux contrats aidés proposés à ce jour par le Gouvernement c'est le renforcement du CICE que l'on sait inefficace et le dé-tricotage du droit du travail pour faciliter les licenciements.

Cette décision est incohérente et aura un impact fort pour l'emploi sur notre ville et les 5 000 associations rennaises.

 

Il est une autre mesure gouvernementale qui va toucher particulièrement les Rennais. Alors que notre ville compte 70 000 étudiants et qu'1 ménage sur 5 vit sous le seuil de pauvreté, les APL sont une ressource essentielle pour les habitants de Rennes. Quand on entend Emmanuel Macron tenter de nous rassurer en affirmant que cette baisse sera compensée par un effort fait sur les loyers par les propriétaires on a envie d'en rire, sauf que cette annonce risque en fait de se retourner contre les bailleurs sociaux qui pourraient bien au final se retrouver être les seuls contraints à consentir des baisses de loyer. Pour un locataire de logement social, il n'y a aucun gain puisque cette baisse viendrait simplement compenser celle des APL. Par contre pour les bailleurs sociaux ce sont des revenus en moins, donc des capacités d'investissement en moins pour la maintenance des logements, leur réhabilitation énergétique, et la construction de nouveaux logement sociaux.

Cette annonce est donc doublement anti-sociale, des moyens en moins pour les locataires pauvres, des moyens en moins pour les offices HLM.

Et l'État finance ses économies sur le dos du mouvement HLM.

Mais rassurons nous, les collectivités locales, et particulièrement la Ville de Rennes et Rennes Métropole, sont fortement engagées pour le logement social et les bailleurs sociaux sont fortement soutenu. Sauf que le troisième étage de la fusée des annonces d'E. Macron, c'est le gel des dotations aux collectivités. Gel qui est la prémisse d'une nouvelle baisse après 2018.

Quand il y a toujours plus de besoins à couvrir mais de moins en moins de moyens il y a un moment où ça craque. On le voit ces derniers mois avec l'importante questions de l'hébergement des migrants. L'incroyable engagement des bénévoles associatifs, qu'il faut une nouvelle fois saluer, ou encore les moyens mis en œuvre par la Ville de Rennes, n'y suffisent pas. Il y a toujours plus de familles fuyant la guerre, la pauvreté, les désastres écologiques qui arrivent dans les rues de Rennes sans solution d'hébergement. Ce n'est pas acceptable. L'État doit revoir les moyens consacrés à l'hébergement d'urgence.

La Ville de Rennes doit engager rapidement le chantier de la maison des solidarités qui permettra de faciliter l'action menée par les associations auprès des migrants.

On connaît les recettes du président E. Macron, c'est le prolongement en pire, de celles employées par le président Hollande. C'est tenir coûte que coûte l'objectif de moins de 3% de déficit public au risque de mettre à mal les services à la population. Le fameux « Et de droite et de gauche » du président Macron est décidément très à droite.

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