Accueil Conseil communautaire Investissement public-privé : le pire n’est jamais certain…

Investissement public-privé : le pire n’est jamais certain…

[Conseil métropolitain du 22 février 2018]

Rennes Métropole participe à un fond d'investissement multipartenarial. Quelle plus-value pour nos politiques territoriales et le développement durable de notre métropole ? Dans l'incertitude, nous nous sommes abstenus.

Président du groupe écologiste à Rennes Métopole
  
Intervention de Morvan LE GENTIL au nom du groupe écologiste 

Monsieur le Président, Chers collègues,

Nous parlons dans cette délibération d’une participation de Rennes Métropole à hauteur de 2 millions d’€ dans un fond d’investissement multipartenarial, mixant public et privé, destiné à entrer au capital de start-up du grand ouest à fort potentiel, en phase d’amorçage pour solidifier leur bilan et faciliter leur développement.

Cela pourrait paraitre surprenant : les banques sont précisément là pour ça, y compris la Banque publique d'investissement pour la partie publique.

Et 2 millions, c’est à la fois peu et beaucoup. C'est beaucoup par rapport à notre budget, certes ce n’est pas de la subvention (nous en attendons un retour, une rentabilité de l’investissement) mais c’est un montant dont nous nous privons pour d’autres actions. Et en même temps, c’est peu dans la volumétrie du fond, 2% à ce jour.

D’où notre question : quel intérêt de cette participation, que d’autres peuvent assurer mieux que nous – c’est leur métier ? Quelle plus-value pour nos politiques territoriales et le développement durable de notre métropole ?

Entendons-nous bien, le groupe écologiste n’est pas par principe opposé à ce type de dispositifs, d’entrée au capital pour soutenir des jeunes entreprises  porteuses d’enjeux.

Mais c’est bien là où le bât blesse : ces participations n’ont de sens que si elles répondent à un projet de territoire, à une éthique de produit et de fonctionnement, à une plus-value sociétale avérée, validée collectivement par le politique.

Or nous avons de gros doutes sur ce point. Nous sommes un "partenaire goutte d’eau", et notre poids sera quasi nul dans les décisions et orientations prioritaires. Quant à son objectif, il est  affiché clairement comme « recherche de plus-value sur les capitaux ».

Pour le dire simplement, nous participons ici à un effet de levier qui vise, pour les banques, à minorer leur risque, sans que nous puissions en retour maîtriser les critères de choix des entreprises soutenues – ni même garantir qu’elles concerneront bien notre territoire métropolitain.

Les lignes rouges inscrites dans le règlement du fonds ne nous rassurent pas tout à fait : on y apprend que ce dernier n’investira pas dans des activités illégales, que par pudeur il se refusera au porno et à la vente d’arme, qu’il ne fera pas plus de 20 % de son activité sur des molécules appliquées à la santé humaine, et que s’il était amené (par hasard sans doute) à soutenir des OGM ou du clônage humain, il le ferait « dans le respect de l’ensemble des questions légales, réglementaires et éthiques ».

Bien sûr, le pire n’est jamais certain, et tous les espoirs sont permis si on chausse une paire de lunettes roses pour la lecture des secteurs d’activités ciblés : production d’énergies renouvelables, innovation de service,  technologies de l'information et de la communication, santé… il y en a pour tous les goûts, et probablement bon nombre de pépites dans le lot.

Probablement, certes, mais nous n’aurons aucun moyen de nous en assurer, car nous n’en aurons pas la maîtrise : et dans le domaine des biotechnologies, de l’agro-ingénierie, du marketing numérique, on sait bien aujourd’hui que le meilleur côtoie l’inutile, voire le néfaste ; que certains travaillent à rendre les œufs cubiques pour rentabiliser leur stockage, quand d’autres abandonnent la mise au point de vaccins anti-palud faute d’acheteurs solvables ; et que le marché, le potentiel financier ne peuvent être le seul moteur des choix.

C’est une différence essentielle, de notre point de vue, entre une collectivité et une banque. Nous avons le sentiment que Rennes Métropole progresse dans cette prise de conscience, notamment dans son approche des pôles de compétitivité, en réfléchissant à une critérisation des aides : en matière d’ancrage local, d’apport  économique en termes d’emplois, mais aussi d’impact environnemental (performance énergétique, réduction de la pollution...).

Ici, rien de tel, open bar et que le meilleur gagne. Dans l’attente d’avoir plus de recul sur les entreprises et les projets qui seront effectivement soutenus par ce fonds, pour vérifier leur réelle plus-value sociétale, nous nous abstiendrons sur cette délibération.

 

Laisser un commentaire