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Vers l’agro-écologie

[Conseil métropolitain du 7 juillet 2016]

Un accord cadre sera signé entre Rennes Métropole et la Chambre d'agriculture, un signe encourageant - même s'il reste du chemin à parcourir - pour une agriculture qui doit réduire l'usage des intrants et privilégier la qualité plutôt que la quantité.

Conseillère métropolitaine

Adjointe aux Approvisionnements (Ville de Rennes)

Intervention de Nadège NOISETTE au nom du groupe écologiste

citationLorsque je suis allée en février dernier au salon de l’agriculture afin de présenter le projet du plan alimentaire durable de la ville de Rennes, j’ai été agréablement surprise de voir le stand du ministère de l’Agriculture, et son Ministre lui-même, mettre en avant : l’agro-écologie, l’agriculture biologique, les énergies renouvelables, la biodiversité, la réduction des produits phytosanitaires…En Bretagne ces mots ne sont jamais prononcés par la Chambre d’agriculture qui n’a pas voulu être partenaire de ce projet de plan alimentaire durable rennais. Alors que les grandes exploitations agricoles bretonnes n’arrivent plus à vivre sans subvention, et que l'agriculture biologique apparaît de plus en plus comme l'un des avenirs de l'agriculture, la Chambre d’agriculture s’est aussi désengagée des démarches de la CEBR pour la reconquête de la qualité de l’eau.Aujourd'hui, les agriculteurs souffrent et expriment leur colère. Une distance toujours plus grande s’opère entre producteurs et consommateurs, entre ville et campagne. Quand nos communes et leurs habitants sont toujours plus vigilants quant à la provenance et aux modes de production des aliments qu’ils achètent, un grand nombre d’acteurs de l'agriculture bretonne ne semble toujours pas s’émouvoir qu’il faille au Brésil, l’équivalent en surface d’un département français pour produire le soja OGM nécessaire à nourrir les porcs bretons et cela au détriment de l’alimentation des Brésiliens.

Bref, ce décalage est incompréhensible et notre collectivité doit contribuer à le résoudre.

Rennes Métropole et l’ensemble de ses communes doivent inciter la Chambre d’agriculture à jouer son rôle d’acteur majeur de la transformation des pratiques agricoles vers l’agro-écologie et à remettre la question de l’alimentation et de la santé au cœur des préoccupations agricoles de notre territoire.

Cet accord cadre entre la Chambre d’agriculture et Rennes Métropole va dans ce sens et nous tenons à saluer l'action de M. Chouan et de M. Verdier du service agriculture qui l'ont permis. Nous nous réjouissons de voir que la préservation du foncier est un axe majeur de cette convention. La participation de la Chambre à la construction du PLUi nous apparaît un point essentiel pour mieux préserver les terres agricoles et naturelles menacées par l'étalement urbain.

Notre alimentation est responsable de 30% des émissions de GES soit autant que le transport ou les bâtiments. C’est donc bien l’ensemble des conséquences de la production agricole sur les consommations d’énergie mais aussi sur la qualité de l’air, des sols, de l’eau et donc de notre santé qu’il faut réduire à travers cet accord cadre.

Cela ne se fera que par des changements profonds des pratiques agricoles. Nous saluons donc aussi le fait que la Chambre soit demain associée à l'élaboration de notre PCAET, tout en souhaitant que le monde agricole prenne sa part dans la lutte contre les changements climatiques et l’amélioration de la qualité de l’air.

L'agriculture est aujourd’hui un grand pourvoyeur de particules fines, notamment via un usage excessif des pesticides. L’Inserm l’a montré, les pesticides sont néfastes à la santé des agriculteurs et des personnes fragiles qui les inhalent !

Notre métropole est composée à 40% de terres agricoles, il y a donc aussi derrière ces changements de pratiques un véritable enjeu de santé publique.

Il nous faut renforcer notre accompagnement vers une agriculture sans pesticide pour améliorer la qualité de l’air et la santé de tous. Dans ce cadre, nous pouvons regretter que la notion d’agro-écologie ne soit mentionnée qu’à l’avant dernier paragraphe de cet accord autour du lien entre agriculture et biodiversité. C’est bien l’agro-écologie qui doit guider cet accord-cadre.

Encourager les agriculteurs à toujours réduire l’usage des intrants, à privilégier la qualité plutôt que la quantité, doit être le cheval de bataille commun de la Chambre d’agriculture et de notre métropole.

Il nous apparaît aussi important que la notion d’« agriculture de proximité » soit précisée. Elle est, c'est certain, l'avenir de l'agriculture, particulièrement sur notre territoire où la mise en œuvre de circuits courts se fait plutôt aisément. Elle est un gage de transparence pour le consommateur, une garantie de revenus pour les producteurs, un atout pour la protection de l'environnement. Mais encore faut il qu'à cette notion « d'agriculture de proximité » soient adossées des garanties de qualité. Le porc élevé en Bretagne avec du soja OGM brésilien, transformé dans l’est de la France ou en Allemagne avant de revenir en Bretagne, est aujourd'hui considéré par certains comme de l'agriculture de proximité. Pour nous, la notion « d’agriculture de proximité » doit intégrer une forme d’autosuffisance régionale dans les modes de production pour avoir un sens. C’est d’ailleurs ce que prône l’agriculture biologique. Il nous faut donc encourager la Chambre à travailler sur une production durable c'est-à-dire locale et respectueuse de l’environnement.

Vous l’aurez compris, nous soutenons cet accord cadre car il confirme Rennes Métropole comme un acteur majeur des nécessaires changements de pratiques agricoles. Changements qui ne pourront se faire sans une véritable volonté de la Chambre d’agriculture. Le chemin est encore long mais il prend la bonne direction.

 

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