Accueil À la une Milk Valley : un projet qui dégrade l’environnement, l’emploi et les relations nord/sud

Milk Valley : un projet qui dégrade l’environnement, l’emploi et les relations nord/sud

[Conseil métropolitain du 19 mars 2015]
"Milk Valley", c'est le nom donné à un projet associant les industriels du lait à l'INRA pour inventer de nouvelles formules exportables vers la Chine et les pays émergents. Les élu-e-s écologistes se sont opposés au versement d'une subvention à cette "Milk Valley" reposant sur une agriculture intensive.

Valérie FAUCHEUX
Conseillère communautaire
Conseillère municipale (Rennes)

 

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Intervention de Valérie FAUCHEUX au nom du groupe écologiste

La nouvelle PAC accélère la spécialisation des bassins de production et incite notamment la Bretagne, les Pays de Loire et la Normandie à se renforcer dans la production de lait. L'Ouest constitue déjà un des principaux bassins laitiers avec 10 % de la production européenne et plus de la moitié de la production française.

C'est pourquoi les dix principaux industriels du lait (notamment Lactalis, Bongrain, Sodiaal, ...) ont décidé de s'associer à des chercheurs de l'Inra afin de trouver de nouveaux débouchés pour les 10 ans à venir et créer la « Milk Valley ». Premier département producteur de lait en France, l'Ille-et-Vilaine est au cœur de cette Milk Valley.

Le premier projet de Milk Valley a pour nom PROFIL (Protéines fonctionnalisées pour l'industrie laitière). En « crackant » les protéines du lait, en les recombinant, les industriels espèrent ainsi se passer de certains additifs végétaux ou autres gélifiants et offrir aux consommateurs un produit 100 % lait et garanti sans conservateur. Étirée en fibres, la protéine du lait pourrait aussi être reconstituée en steak par exemple, créant ainsi de nouveaux produits laitiers à proposer aux consommateurs.

Actuellement 90 % du lait est consommé par les marchés nationaux. Les transformateurs cherchent aussi à travers ce projet à agrandir leur terrain de jeu notamment vers la Chine et les Pays émergents.

À l'heure où de nombreuses études scientifiques remettent en cause les bienfaits d'une surconsommation des produits laitiers sur la santé, cette volonté de créer de nouveaux produits et de nouveaux marchés laitiers nous interroge fortement.

De plus, il est précisé dans le texte de la délibération que ce projet PROFIL participe à une filière laitière plus « durable ». Mais en quoi cette stratégie économique est-elle durable ?

Les partenaires de ce projet sont des acteurs majeurs de l'industrie agro-alimentaire qui s'approvisionnent essentiellement auprès d'une agriculture intensive :

  • responsable de la forte pollution de l'eau en Bretagne

  • basée sur l'importation de maïs et soja transgéniques venus du Brésil

  • ultra automatisés et limitant ainsi les emplois locaux

 

Ce modèle étant encouragé, le projet PROFIL ne permet pas de pérenniser les emplois locaux agricoles ni même d'avoir des effets positifs sur l'environnement.

Un modèle agro-alimentaire durable est basé sur :

  • un mode de production agricole limitant les intrants et les impacts environnementaux comme le fait l'agriculture biologique

  • une proximité entre les lieux de production, de transformation et de consommation

  • une production adaptée aux besoins des consommateurs sans sur-production

  • des emplois locaux

 

C'est ce modèle qu'il faudrait exporter vers nos amis chinois pour les aider eux aussi à produire localement les aliments dont ils ont besoin et garantir leur autonomie plutôt que de construire des nouvelles tours de séchage de lait à Carhaix comme le font Sodiaal et le fabricant chinois Synutra.

À l'heure des atermoiements du gouvernements sur les aides accordées à l'agriculture biologique, il nous serait préférable que Rennes Métropole défende ce type d'agriculture innovante et durable plutôt que d'attribuer 220 000€ à un modèle agricole qui ne fait que dégrader l'environnement, l'emploi et les relations Nord/Sud.

Vous l'aurez compris nous nous opposerons donc à cette délibération.

2 commentaire(s)

  1. Pierre MIROCHNIKOFF

    Bien sur avec la vision étroite et conservatrice que vous avez cela va pas faire avancer le Schmilblick. Puisque Bien Sur Vous vous opposerez a cette deliberation C’est super positif !!! En echange que proposez vous donc pour cette filière et sa compétitivité internationale et aussi pour assurer et sauvegarder les emplois et les mutations de cette industrie ?? Allez faite du constructif au lieu de détruire ….. Vous pensez bien sur que tout les autres concurrents mondiaux Nouvelle Zélande Angleterre Danemark Suisse Allemagne Etats unis attendent bien sagement que leurs elus ou conseillers comme vous les freinent dans une évolution aussi nécessaire ?? 80 millions d’Euros d’investissement de Laita et les emplois crées par exemple ce n’est pas les 220.000Euros que vous demandez … Votre petite vision franco bretonne malheureusement est a des années lumières des progrès et des solutions environnementales innovantes qui permettront de relever la France de son état végétatif dans laquelle de nombreux groupes de pressions et corporations l’ont mise et quand je vous lis je vois également que vous ne connaissez pas le problème de la Chine ou je vis depuis plus de dix ans …..

    1. Les élu-e-s écologistes de Rennes et Rennes Métropole

      Monsieur,
      Vous nous demandez ce que nous proposons pour la filière du lait et la sauvegarde des emplois. Et bien pour les écologistes, l’économie doit se construire à l’échelle locale, et c’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes justement opposés à l’attribution d’une subvention pour ce projet qui nous semble néfaste pour l’emploi et pour l’environnement.
      Mauvais pour l’emploi local car les partenaires de ce projet sont d’importants industriels du lait travaillant avec des méthodes très automatisées et ayant donc un recours limité à la main d’œuvre locale. Le modèle économique proposé, tourné vers l’exportation à l’international, rend les agriculteurs dépendants des fluctuations des marchés internationaux.
      Mauvais pour l’environnement car ces mêmes industriels s’approvisionnent auprès d’éleveurs pratiquant une agriculture intensive, consommatrice de soja transgénique provenant du Brésil et responsable de fortes pollutions de l’eau.
      Ces 220 000 euros que nous demandait en mars dernier le porteur du projet Milk Valley, nous aurions préféré en effet les attribuer aux agriculteurs locaux qui produisent leur lait dans le respect des animaux et de l’environnement, en quantités raisonnables et le commercialisent en circuit court. Car c’est en construisant une économie locale que nous envisageons l’avenir et non en jouant le jeu des multinationales et de l’économie planétaire.

      Le modèle que nous défendons est celui de petites fermes, productrices d’aliments de qualité, respectueuses de l’environnement et tournées vers le marché local. Ce modèle que nous défendons pourrait créer 2 000 emplois sur le Pays de Rennes. Celui que vous défendez, le modèle d’une agriculture intensive et internationalisée, fait aujourd’hui disparaître 1 500 fermes chaque années en Bretagne.

      Matthieu Theurier et Gaëlle Rougier, co-président-e-s du groupe écologiste de Rennes

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