Accueil Conseil municipal Pour une ville apaisée : médiation et prévention

Pour une ville apaisée : médiation et prévention

[Conseil municipal du 5 décembre 2016]

Dans les quartiers de Villejean et Beauregard, le climat de violence s'exacerbe. Alors que la population s'inquiète, les policiers municipaux réclament des armes. Mais pour apaiser la situation, c'est de médiation et de prévention dont les quartiers ont besoin.

 

Conseillère municipale

Intervention de Valérie FAUCHEUX au nom du groupe écologiste 

citationCes dernières semaines, notre ville a fait l’actualité avec les évènements dits « d’halloween » et d’autres qui ont suivi, créant une véritable exaspération des habitants de Beauregard et de Villejean. Exaspération qui s’est d’ailleurs exprimée lors de la dernière assemblée de quartier.

Mais loin de toute récupération politique et de stigmatisation à outrance de leur quartier et des jeunes qui y vivent, les habitants souhaitent des réponses efficientes à leurs légitimes inquiétudes. Le climat délétère qui s’est installé avec quelques jeunes n’est pas nouveau. L’équipement de quartier Le Cadran, ainsi que la maison de quartier de Villejean ont déjà subi les exactions de quelques-uns.

Pourtant nous ne sommes pas sans rien faire.

Nous venons récemment de décider de continuer à déployer sur les quartiers politiques de la ville les dispositifs de médiation sur l’espace public ou même en milieu scolaire. C’est une bonne chose mais les besoins vont croissants comme le montre la situation dans certaines écoles, comme c’est le cas à Jean Moulin cette année mais comme ça l’était à Andrée Chedid précédemment.

Au Cadran, un point d’accès aux droits va ouvrir mais c’est surtout en terme de présence éducative sur l’espace public, de médiation avec les habitants donc de prévention que les manques sont pour l’instant criants.

L’animateur "Présence de rue" du Cercle Paul Bert qui vient d'être remplacé grâce à l’action de la Ville, est déjà une chose. Mais la situation nécessite un vrai travail en profondeur de prévention, et pas sur le mode « pompier », de façon ponctuelle dans l’urgence, mais bien une action de longue haleine, coordonnée entre acteurs, pour les jeunes concernés aujourd’hui mais aussi pour ceux qui vont suivre.

L’association Le Relais intervenait anciennement sur le secteur mais sa mission sur Beauregard n’a pas été poursuivie. C’était sans doute une erreur que nous payons aujourd’hui. La démarche d’aller-vers, la présence éducative sur l’espace public et surtout la prise en charge globale des jeunes en difficulté - notamment en décrochage scolaire, en panne de projet professionnel - et l’accompagnement à la parentalité sont les vrais atouts de cette démarche que nous devrions reconsidérer sur le quartier.

Alors quand les syndicats de policiers municipaux qui ont toute leur place dans cette politique de tranquillité publique demandent à être armés, nous ne pouvons que constater que leurs revendications ne correspondent pas à la demande de la grande majorité des habitants.

Les armes n’inspirent pas le respect, elles inspirent la crainte.

Elles sont potentiellement létales même lorsqu’elles ne sont pas répertoriées comme telles comme le taser. Faut-il encore rappeler les chiffres du nombre de victimes des différentes armes policières chaque année en France pour s’en convaincre ? Dans son rapport sur les violences policières publié en mars 2016, l'Association des chrétiens pour l'abolition de la torture a analysé 89 situations alléguées de violences policières enregistrées depuis 2005 en France. Parmi ces 89 cas, elle a dénombré 26 décès, 29 blessures irréversibles et 22 blessures graves. Concernant le taser, selon les données recueillies par l'Acat, 4 personnes sont décédées peu après leur utilisation.

 

Bien que nous puissions comprendre l'agacement et la colère des policiers municipaux qui désormais portent un uniforme les distinguant à peine, aux yeux du grand public des policiers nationaux. Ils se retrouvent à effectuer leur mission tard la nuit et bien souvent en compagnie de policiers nationaux recevant parfois de véritables missions de maintien de l'ordre. C'est à la police nationale, détentrice des missions régaliennes liées au maintien de l'ordre, qu'il revient de régler les situations complexes, et plus encore, les situations dangereuses. En aucun cas, c'est du devoir prioritaire de la police municipale.

Le débat doit donc porter sur leur mission et leur cadre d'emploi et non sur les armes.

Nous le répétons : la démocratie ce n'est pas l'état d'urgence. Et il n'est pas normal et sain que des policiers puissent porter leurs armes en dehors de leurs heures de services, que des vigiles soient autorisés à en porter à leur tour.

Les syndicats de la police municipale qui arguent de cet état d'urgence pour demander à leur tour la possibilité du port d’arme oublient que la police municipale est une police de médiation, de proximité, de tranquillité publique. Madame la Maire a refusé l'armement et nous la soutenons dans le fait d'être la dernière ville de France de plus de 150 000 habitants à disposer d'une police municipale désarmée.

Le renforcement des effectifs de police municipale, annoncé par Mme La Maire doit rassurer ces agents. L'îlotage et les patrouilles quotidiennes doivent leur permettre de s’impliquer dans les quartiers, de prendre contact avec les administrés, de tisser des réseaux partenariaux avec les acteurs de terrain et de s’engager de manière proactive afin de rechercher des solutions aux problématiques, en lien avec les autres services de la Ville et de la police nationale, si nécessaire. Ainsi, leur présence doit alors s’articuler avec une présence éducative renforcée sur le quartier.

Cet état de fait est en lien direct avec les politiques menées par les gouvernements Raffarin et Fillon qui ont réduit les effectifs de la police et de la gendarmerie nationales mais aussi l'action de la Protection judiciaire de la jeunesse en réduisant de manière drastique les crédits affectés à l’éducation spécialisée. Malheureusement, l’action du gouvernement depuis 2012 dans ce domaine n'a pas été à la hauteur pour compenser cette casse du service public.

 

Dans les quartiers de Villejean et Beauregard, les habitants certes éprouvés par ces incidents restent nos meilleurs alliés dans la co-construction d'une ville apaisée. Lors de la réunion de quartier à Beauregard mais aussi à travers nos rencontres, ces habitants nous ont rappelé combien ils aimaient leur quartier, combien ils voulaient continuer à y vivre et qu'ils croyaient plus que jamais à la mixité intergénérationnelle et sociale comme vecteur de bien-vivre ensemble. Il nous faut donc continuer, vaille que vaille, à inclure des espaces de participation, notamment pour les jeunes, lors de chaque décision municipale, particulièrement celles concernant leurs quartiers, en matière d'aménagement, de moyens et du rôle des équipements.

Il n'est pas anodin de voir les difficultés s'accroître dans ces quartiers. L'attention ces dernières années s'est davantage portée sur les quartiers de Maurepas et du Blosne, et nous avons eu raison. Néanmoins, aujourd'hui, Villejean et Beauregard nécessitent des efforts particuliers. Pour Villejean, c'est un renouvellement de l'action de la politique de la ville, notamment en lien avec les équipements. Quant à Beauregard, c'est le besoin d'être identifié comme quartier à part entière qui se fait jour avec la nécessité d'inventer le contrat social avec la création d'une action de prévention et d'équipements sportifs dédiés pour prendre en compte les besoins des jeunes et de tous les habitants.

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