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Pour une ville apaisée et solidaire

[Conseil municipal du 19 septembre 2016]

 

Alors que l'été a été entaché de l'attentat de Nice et de débats stériles autour du burkini, ici à Rennes, nous agissons pour construire une ville tolérante, solidaire et apaisée.

Conseillère municipale

Co-présidente du groupe écologiste

Intervention de Gaëlle ROUGIER au nom du groupe écologiste 

 

citationPolitiquement nous ne pouvons qu’être soulagés que cet été soit derrière nous. Entre les évènements tragiques de Nice et les surenchères démagogiques qui ont suivi, entre les polémiques honteuses sur le burkini qui ont permis à quelques populistes de se faire de la publicité, entre la stigmatisation des migrants et celle des musulmans, tout a été dit ou fait pour tirer vers le bas le niveau d’analyse et de réflexion collectives.

Mais l’été semble ne pas vouloir finir, tant du point de vue du climat, que des débats nauséabonds : sur la situation de Calais par exemple où certains voudront s’exonérer de la solidarité nationale qui doit garantir l’accueil des réfugiés, quand d’autres partout en France et ici, à Rennes métropole, s’organisent.

Et puisque nous parlions du climat, là encore, pour certains, toutes les mauvaises polémiques sont bonnes à déclencher. La remise en cause du principe de responsabilité de l’homme dans l’accélération des bouleversements climatiques en est l’exemple le plus grossier.

Comment construire demain avec des débats d’hier ? Les Français attendent des actes. Et non un discours d’impuissance, de peur ou d’intolérance. Ils attendent des solutions concrètes et une vision à long terme.

Loin de ces débats stériles qui annoncent des présidentielles à haut risque et qui discréditent toujours un peu plus la classe politique, nous, nous agissons ici et maintenant, à Rennes, concernant les grandes questions qui agitent notre société.

Ce soir en effet nous allons présenter deux délibérations extrêmement importantes.

Celle sur la charte de la laïcité tout d’abord.

Nous pouvons être fiers de cette démarche. Elle est l’antithèse de la vision passéiste, paternaliste et parfois xénophobe de la laïcité.

Cette charte rennaise de la laïcité sera d’abord l’expression d’une volonté de rassembler les acteurs de la vie rennaise, représentants du culte inclus, et de les faire dialoguer. À l’opposé de la nomination d’un Jean-Pierre Chevènement à la tête de la fondation pour les œuvres de l’Islam de France, qui est un signal de mépris pour tous les musulmans de France et leur capacité à s’autodéterminer, la participation des représentants du culte à cette charte de la laïcité est une reconnaissance des responsables religieux en tant qu’acteurs sociaux à même d’exercer une citoyenneté éclairée. Elle est aussi la possibilité donnée à l’ensemble des croyants d'exprimer un contre-modèle à tous les obscurantismes.

La charte se veut un outil d’élaboration collective du vivre ensemble et de l’intérêt général, au-delà d’un débat stérile croyants/non croyants. Elle est l’opposée d’une laïcité descendante qui s’impose aux habitants, qui exclut et qui stigmatise. Elle est une démarche participative et active, dans l’esprit de la fabrique citoyenne qui nous est si chère à Rennes.

Cette laïcité doit pour cela s’appuyer sur une éducation à une citoyenneté active, que nombre d’associations d’éducation populaire, équipements de quartier promeuvent dans notre ville.

À l’image de la façon dont elle est pensée dans le cadre de notre politique éducative, la laïcité ne doit pas apparaître comme une antienne moralisante auprès des habitants et des jeunes de notre ville. « Soyez laïques », « Vivez ensemble », « jouez collectif ». Les inégalités sociales que vivent au quotidien certains de nos concitoyens, rendent inaudibles ces injonctions. Jaurès nous disait que la République serait laïque à condition qu’elle soit sociale. Nous pouvons aussi désormais affirmer qu’elle ne sera laïque que si elle est démocratique et qu’elle fait la place à chacune et chacun, au quotidien.

Enfin, dans un contexte de retour du religieux, de besoin de sens collectif, elle pose le cadre légal et philosophique de ce qu’est une laïcité ouverte et tolérante. Ma collègue Catherine Phalippou qui a activement participé à l’élaboration de cette charte, reviendra sur ces points dans son intervention.

Autre délibération importante ce soir, c’est celle qui présente le PADD rennais à l’issue de la démarche Rennes 2030.

La fabrique citoyenne n’en finit pas d’infuser localement et les Rennaises et les Rennais ont su se saisir de l’opportunité qui leur a été donnée de participer à l’élaboration des politiques d’urbanisme structurant notre ville pour demain. Les cafés citoyens, les balades urbaines, la Fabrique citoyenne ont été autant d’occasions d’exercer une nouvelle citoyenneté.

Loin des renoncements nationaux ou des polémiques médiocres sur le réchauffement climatique, nous mettons en œuvre la transition écologique.

Je laisserai Matthieu Theurier développer ce point mais nous pouvons tout d’abord dire que ce document cadre est à la hauteur des enjeux. Végétalisation de la ville, place de la nature en ville et réappropriation du fleuve, urbanisme respectueux du patrimoine mais aussi de la santé des habitants, place faite aux piétons et au vélo, toutes ces avancées, auxquelles nous avons participées avec enthousiasme, permettent d’envisager l’avenir de notre ville avec plus de sérénité.

Fabrique citoyenne, états généraux de la culture, les divers conseils consultatifs, voilà qui concoure localement à une société réellement apaisée car plus démocratique.

Mais même ici rien n’est jamais parfait. Le dialogue citoyen doit aussi trouver des espaces dans des moments moins formels et plus conflictuels. Pendant la mobilisation contre la loi travail et l’entêtement du gouvernement, notre ville a été le théâtre d’affrontements. Dans notre processus de fabrique citoyenne et notre volonté de réconciliation des citoyens avec la politique, cette période a été un moment douloureux pour notre ville, notamment avec l’évacuation de la salle de la Cité.

Chercher les responsabilités dans le cadre de dégradations ou de vols commis à ce moment-là, nous paraît de notre responsabilité. C’est une démarche normale. Mais comme vous vous y étiez engagée lors du conseil municipal de juin, madame la Maire, il s’agit de rechercher toutes les responsabilités.

Au national, le gouvernement n’a tiré aucun enseignement du mouvement social, nous laisserons les électeurs juges de son bilan dans quelques mois.

Localement, nous nous devons pourtant de trouver les voies de l’apaisement.

Peut-on alors légitimement imputer l’entière responsabilité de ce qui s’est passé sur un seul et unique acteur qui est le syndicat sud-solidaire et lui présenter la facture sans autre préalable ? Sud-Solidaire a tenté, en période de crise politique aiguë, de participer à la sortie du conflit par le haut. Qu’il se soit fait dépasser par d’autres individus au sein du mouvement nous paraît évident. Ils ont pris un risque. Alors oui, on peut aujourd’hui le leur reprocher. Et si juridiquement notre démarche peut paraître justifiée, elle nous paraît improbable politiquement.

D’autant que le mouvement syndical ces dernières années a été l’objet d’attaques inquiétantes, du gouvernement même, avec le sort fait aux salariés d’Air France avec la chemise arrachée ou encore les Goodyear, qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une proposition de loi portée par le président du groupe communiste André Chassaigne, appuyée par les élus écologistes, posant le principe de l’amnistie politique (et non juridique) pour les syndicalistes ayant agi dans le cadre d’un mouvement social mettant en jeu de nombreuses suppressions d’emplois.

Nous ne pouvons que souhaiter qu’une négociation intervienne rapidement avec Sud afin de trouver une résolution proportionnée à ce conflit, dans un geste politique d’apaisement de part et d’autre. Afin de passer réellement à autre chose.

 

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